Lydia et Claude Bourguignon, chercheurs hors des sentiers battus

Lydia et Claude Bourguignon, chercheurs hors des sentiers battus
Lydia et Claude Bourguignon, chercheurs hors des sentiers battus

Ne vous fiez surtout pas aux apparences ! Derrière ce couple fort sympathique se cachent en réalité deux brillants chercheurs prêts à faire exploser notre système actuel d’exploitation des sols.

Jeune-homme, Claude Bourguignon ne se destinait pas du tout à une carrière d’ingénieur agronome mais désirait consacrer sa vie aux problèmes environnementaux. C’est lors d’une expédition de sauvegarde des tigres dans l’Himalaya qu’il voit pour la première fois des hommes mourir de faim. Désireux que l’être humain ne devienne pas lui-même une espèce en voie de disparition, il change son fusil d’épaule et décide de sauver les hommes avant de s’occuper des animaux. A son retour en France, il intègre une prestigieuse école d’ingénieur agronome où il apprend tout un tas d’absurdités sur les techniques utilisées aujourd’hui en agro-alimentaire. Perplexe, il décide de se spécialiser en microbiologie des sols où il redécouvre le bon sens. Il part ensuite travailler en tant que chercheur sur la qualité des sols à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) de Dijon où il rencontre sa future femme, Lydia Gabucci, spécialisée quant à elle dans la qualité des aliments.

Déçu par les prises de position de l’INRA, « vendue à l’agro-industrie », le couple claque la porte du prestigieux institut en 1989 pour créer son propre laboratoire, le LAMS (Laboratoire d’analyse microbiologique des sols). Complètement indépendant, ce laboratoire conseille les paysans (agriculteurs, maraîchers, vignerons, éleveurs…) sur la manière d’exploiter la terre de façon durable tout en préservant l’environnement. Ne retrouvons-nous pas dans ce parcours atypique les trois valeurs essentielles de la permaculture (respect de la terre, respect de l’Homme et partage) ?

La conférence

Intitulée « Protéger son terroir et respecter les sols », cette conférence se tenant à Crézancy-en-Sancerre était logiquement orientée vers les vignes.

A priori évidente, l’idée phare défendue par les Bourguignon est pourtant bien éloignée des préoccupations actuelles de l’agro-industrie : bien connaître son sol pour s’adapter à ses besoins spécifiques est indispensable à l’élaboration de produits de qualité.

1ère partie : importance de la qualité du sol par Claude Bourguignon

C’est la rencontre complexe entre le terroir et la vigne adaptée à ce terroir qui va former le vin de terroir. Cette notion a été balayée par les produits phytosanitaires. L’absurdité du système fait que nous sommes aujourd’hui capables de faire du vin sans terroir. Or, le facteur le plus important du terroir, c’est le sol.

« On » nous fait croire que sans engrais, nous allons tous mourir de faim. Faux ! Ce n’est pas dans le sol que la plante se nourrit : 94% de la matière sèche d’une plante viennent de l’atmosphère. L’estomac de la plante, c’est sa feuille et non sa racine. Le sol ne fournit que 6% de la matière sèche de la plante mais il apporte l’essentiel : la qualité, le goût et les aromes.

2ème partie : les dégâts de l’agriculture moderne par Lydia Bourguignon

Les milliers d’analyses de sols  que Lydia et Claude Bourguignon ont effectués dans le monde entier montrent que la plupart des terres agricoles sont aujourd’hui infertiles, victimes des labours, de l’irrigation, des pesticides et des engrais.

Le système actuel est un véritable cercle vicieux. Pour compenser la perte des sols rendus incultivables, on déforeste. Or, l’arbre est le seul organisme vivant capable de remplir les nappes phréatiques. Plus on déforeste, plus on assèche les sols, et plus on crée de sécheresse. Si rien ne change, l’avenir s’annonce plutôt sombre : non seulement les famines augmenteront mais il y aura également de graves problèmes de carences. La pauvreté de notre alimentation a déjà engendré plus de deux milliards d’individus carencés en oligo-éléments et en vitamines. Dieu merci, tout le monde n’est pas perdant dans l’histoire : les multinationales responsables de la situation actuelle nous proposent aujourd’hui des compléments alimentaires pour combler nos carences !

Cultiver autrement

Fort heureusement, les Bourguignons ne sont pas de ceux qui baissent les bras face à l’adversité. Ils proposent plusieurs méthodes tout à fait rentables permettant de sortir de l’engrenage (bois raméal fragmenté, semis direct sous couvert…). Ils préconisent également de revenir aux techniques traditionnelles d’avant-guerre dont l’efficacité n’a jamais été égalée par les produits chimiques. Autrefois, les maraîchers de Paris étaient les meilleurs du monde : ils étaient 9000 à se partager 2000 hectares et nourrissaient 2 millions d’habitants. Ils utilisaient par exemple la technique de contre-plantation qui consiste à associer des légumes aux durées de culture différentes. Face à une invasion de limaces, ils ne pourrissaient pas leurs sols à coup de produits chimiques. Non, ils ajoutaient tout simplement du compost pour produire de l’humus car la limace se nourrit de champignons et ne s’attaquent aux salades qu’en cas de disette. Tout le problème est là : l’agriculture repose sur les épaules de chercheurs qui, complètement ignorants de la complexité de la nature, se basent sur des chiffres, assis derrière leurs ordinateurs.

Conclusion

Le problème majeur est la dévalorisation du métier de paysan, pourtant extrêmement complexe. Or, une agriculture durable supprime les engrais et les pesticides mais nécessite d’avantage de main d’œuvre. Il faut se rendre à l’évidence, nous ne pourrons pas nourrir 400 millions d’Européens avec 2% d’agriculteurs. Nous ne sommes déjà plus capables aujourd’hui de nourrir les Français : la moitié de la viande et 75% des fruits et légumes sont importés. Comme le dit Claude, non sans humour : « Il y aurait une guerre, on n’aurait pas besoin de tirer sur les Français, ils vont tous crever de faim » !

 

La conférence était tellement riche que cet article n’en livre qu’un pâle aperçu. Je vous engage donc vivement à visiter le site du LAMS (www.lams-21.com) ou à vous procurer le livre de Claude Bourguignon, Le sol, la terre et les champs, aux éditions Sang de la Terre. Si vous êtes patients, il semblerait qu’un nouveau livre soit en préparation. Nous ne manquerons pas d’ailleurs de vous le présenter dès sa sortie.

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